Les relations police – population : Le suivi d’une affaire - la prise de plainte et les premières investigations (Episode 1/3)

« Mais que fait la police ? » Voilà la question que de nombreux citoyens se posent après avoir déposé plainte dans un commissariat. Pour vous aider à mieux comprendre le travail de la police, trois articles présenteront le cheminement que suit une plainte, de la prise de plainte à la mise à disposition de l’auteur présumé au procureur de la République, dernière étape avant le jugement. Ce parcours de la plainte sera présenté à travers cinq cas inspirés de faits réels, représentatifs des affaires traitées à Paris dans les commissariats centraux ou SAIP (Service d’Accueil et d’Investigation de Proximité).

depot de plainte

Françoise H., 47 ans, se rend sur son lieu de travail, un supermarché du 19ème arrondissement. Au carrefour des Boulevards Barbès et la Chapelle, elle s’arrête au feu rouge. Soudain, un inconnu ouvre sa portière et lui dérobe son téléphone portable, posé sur ses genoux. Tout s’est passé très rapidement et Françoise n’a rien pu faire. Elle se rend sans tarder au SAIP du 18ème arrondissement pour déposer une plainte pour vol.

Simon G., 35 ans, représentant commercial, a l’habitude de naviguer sur internet pour son travail. En consultant ses comptes en ligne, il s’aperçoit que plusieurs billets pour des destinations tropicales ont été achetés à son insu. Immédiatement, il fait opposition auprès de sa banque par téléphone. Cette dernière lui conseille vivement de se rendre dans un commissariat pour déposer une plainte pour escroquerie. Simon est en déplacement à Marseille dans le cadre de ses activités. Cependant, il ne rencontre aucune difficulté pour porter plainte dans un commissariat marseillais, une plainte pouvant être déposée dans n’importe quel commissariat de France quel que soit le lieu de l’infraction.

 Rachid T., 50 ans, rentre chez lui en métro, comme à son habitude. Alors qu’il est seul sur le quai, trois individus l’accostent et commencent à le molester pour lui dérober ses biens. Quelques minutes plus tard, dépouillé et endolori, il se dirige péniblement vers le commissariat le plus proche afin de porter plainte pour vol aggravé.

 Pascal R., 55 ans, cadre dirigeant d’une grande entreprise française vit dans le 5ème arrondissement. En raison de son métier, il s’absente une grande partie de la journée, tout comme son épouse. Un soir, de retour à son domicile, il s’aperçoit que sa porte d’entrée est grande ouverte et que son domicile a été visité. Ayant regardé la veille une série policière, il sait qu’il est préférable de ne rien toucher et d’appeler la police au plus vite. Quelques minutes plus tard, une équipe de police arrive sur place, confirme le cambriolage et demande le renfort de l’Antenne Locale de la Police Technique et Scientifique. Cette dernière relève les empreintes, et les traces ADN sur les lieux. En effet, depuis 2007, cette procédure est systématique pour les affaires de cambriolage. Les enquêteurs l’invite à se rendre au commissariat du 5ème arrondissement pour déposer une plainte pour vol

 Fatima B., 22 ans, vient tout juste d’être diplômée. Afin d’acheter de quoi fêter cet événement, elle décide de retirer de l’argent dans un Distributeur Automatique de Billets (DAB) du 18ème arrondissement. Alors qu’elle a bien suivi les instructions affichées sur l’écran, aucun billet ne sort du distributeur. Elle reçoit pourtant le ticket confirmant que la somme a été débitée de son compte. Elle se rend immédiatement à la banque pour faire une réclamation. La banque s’aperçoit rapidement que Fatima a certainement été victime d’une arnaque au DAB. Une plainte est alors déposée pour fraude.

 Toutes ces victimes bénéficient d’une prise en charge adaptée à leur situation.

Après présentation de leurs papiers d’identité, un policier les interroge pour déterminer la nature des faits pour lesquels ils se présentent au commissariat. En fonction de ces premières déclarations et de leur état de choc, les victimes peuvent être orientées vers le psychologue du commissariat. C’est le cas de Rachid qui reste déstabilisé par son agression. Cet entretien permet d’évacuer le stress post-traumatique et de renforcer la qualité de la prise de plainte.

 Par la suite, il est procédé à l’audition de la victime et à la rédaction du procès verbal de plainte. A ce moment de la procédure, il est demandé des précisions sur les circonstances de l’agression, sa nature, des éléments de description des agresseurs, les dommages matériels ou physiques occasionnés et éventuellement la liste des biens volés. Toutes ces informations permettent de qualifier les faits juridiquement et de réunir les indices susceptibles de confondre les malfaiteurs.

 Françoise n’a pas bien vu son agresseur. Elle se souvient seulement qu’il était probablement d’origine européenne, avec une doudoune et mesurait environ 1,80 mètre. Sa vitre côté conducteur a été brisée, en supplément du portable volé. Le policier remplit un formulaire de blocage du téléphone par numéro IMEI à destination des opérateurs de téléphonie.

Simon ne sait pas qui a pu effectuer les achats qui lui ont été débités. Ses pertes seront limitées puisque sa banque est assurée contre les escroqueries à la carte bancaire.

Après avoir bénéficié des services du psychologue, Rachid se souvient que ses agresseurs étaient au nombre de trois et semble-t-il, originaire des pays de l’est. Il n’a pas bien vu leurs visages mais est certain que le quai était équipé de caméras de vidéosurveillance. Aussitôt, le policier établit une réquisition auprès de la RATP pour avoir accès aux vidéos en question. En outre, il demande un examen médical pour évaluer le dommage physique. Celui-ci est estimé par le médecin à trois jours d’interruption totale de travail (ITT).

Pascal a fait la liste des objets manquants à son domicile. En ajoutant la porte enfoncée, son dommage s’élève à 9.000 €. Il précise également que des plombiers sont venus changer le chauffe-eau récemment et communique le nom de l’entreprise ; ce pourrait être une première piste.

Fatima a perdu 100 € et n’est pas en mesure de donner un signalement puisqu’elle n’a aperçu personne aux abords du distributeur.

 Suite à leurs auditions, Françoise et Rachid sont invités à consulter le fichier CANONGE qui recense les photos des individus déjà mis en cause pour des délits similaires. Malheureusement, ils ne sont pas en mesure d’identifier précisément leurs agresseurs.

 Affaires à suivre …